vendredi 9 novembre 2012

La vie en Norvège épisode 18: le séminaire dans la tempête

Puisque j'ai reçu une plainte officielle pour manque de nouvelles sur ce blog, je vais vous raconter ma semaine :) Plus précisément mon mercredi et mon jeudi.

En déménageant en Norvège, je me disais bien qu'il faudrait que je m'adapte à la vie locale - pelleter la neige (aïe mes bras... 30 cm hier :s), changer les pneus (ça, ça reste à faire), apprendre à conduire sur la glace. Et puis il y a eu les découvertes imprévues - pique-niquer par -12°C, dormir la fenêtre ouverte en hiver et tailler des piques à saucisses dans des branches. Ce que je n'avais pas prévu, c'est que les Norvégiens étaient encore plus extrêmes au boulot que pendant leur temps libre...

Et donc mercredi et jeudi, mon chef avait prévu un séminaire sur la gestion du risque. Mais comme faire ça confortablement installés dans un bureau bien chauffé c'était trop facile, il avait décidé d'organiser ça sur une île quasi-déserte au large d'Harstad. Plus précisément à Krøttøy.



Déjà le nom tu peux pas le prononcer, ça aurait du me mettre la puce à l'oreille. Et en plus la moitié des personnes inscrites ont eu un empêchement, là j'aurais du me méfier.

Pour arriver sur ladite île donc, pas d'autre solution que de prendre le bateau. Mais pas n'importe quel bateau, ah aaah! Le Norvégien, bien connu pour son amour immodéré pour l'air pur ne se laisse pas avoir par la possibilité d'un bateau couvert. Non. En plein mois de novembre, alors qu'il fait un bon petit -2°C et qu'il n'arrête pas de neiger depuis 2 jours, nous sommes partis joyeusement vers notre île sur... Un "rib". Un rib, ça ressemble à ça:

Source: http://www.austevollsjorafting.no/

J'aime bien la version sautillante de la chose sur la photo, avec tous ces gens qui ont l'air super contents. En été c'est vrai que c'est marrant, et parfait pour admirer la vue. Mercredi c'était plutôt parfait pour avaler la neige et ne pas admirer grand chose vu qu'on ne voyait pas à 20 mètres (et qu'on a failli se prendre un ferry qui arrivait en sens inverse - ça vous est déjà arrivé de vous faire klaxonner par un ferry? C'est plutôt surprenant quand ça arrive). Et geler sur place au bout d'une heure et demie aussi, malgré des sous vêtements en laine (tee-shirt, caleçon et chaussettes), une polaire, un pantalon de ski, un anorak, par-dessus le tout une combinaison de pêche rembourrée qui flotte, un cache-oreilles, un bonnet, des gants de skis et des lunettes. Non n'insistez pas, je n'ai pas de photos :p Paraît qu'ils appellent ça du team-building, tu m'étonnes que ça te rapproche les gens quand on a tous l'air de bonhommes Michelin déguisés en ours polaires.

Mais je m'égare. Nous voilà donc arrivés sur notre île, au moins on a eu du bol il n'y avait pas de vent, ce qui nous a évité de nous envoler. Sauf que. Sauf que en Norvège, sur une île, le temps n'est jamais calme très longtemps. Et mercredi après midi donc, le vent est passé de 0 à 24 m/s (soit environ 90 km/h). Heureusement nous étions alors relativement abrités dans notre salle de meeting dans un camp de vacances au demeurant très sympathique (si on excepte que chaque tentative d'ouverture de fenêtre s'est soldée par une grosse claque de neige dans la tête).
Mais comme une petite brise ne pose toujours pas de problème à mes collègues norvégiens (ai-je mentionné que sur 16 j'étais le seul élément féminin?), le programme de la soirée consistait en une petite balade apéritive sur la colline du coin, pour aller visiter... une ancienne base militaire enterrée sous terre. Une base de contrôle et 3 canons, répartis à différents endroits de l'île, chacun divisés en 7 étages sous terre, et d'où on a l'impression que l'armée est partie du jour au lendemain en laissant tout derrière elle, des couvertures aux assiettes en passant par les post-its sur les écrans d'ordinateurs mode années 80. Ca a été pour le moins une expérience!

J'ai réussi à vous trouver un petit film qui vous fera travailler votre norvégien, où le monsieur explique en gros que la base a été construite dans les années 80 pour 1,3 milliard de couronnes norvégiennes, dans le but de protéger le fjord d'éventuelles attaques soviétiques. Au maximum, 400 hommes travailleront dans cette base - impressionnant sachant qu'il n'y a absolument rien autour à part des phoques et des aigles, je vous laisse juger:

Source: https://ssl.panoramio.com/photo/49912805

Ca a l'air paradisiaque comme ça, il faudra que je pense à y retourner par un temps un peu plus décent.

Dans les années 2000, le fort a été abandonné et est aujourd'hui prêt pour devenir un musée.

Pour voir le film, cliquez sur la photo ici

A l'intérieur c'est vraiment impressionnant, la salle des munitions est intacte, et je n'aurais pas aimé être un navire soviétique à l'entrée du fjord...



7 étages comme ça, ça vous maintient en forme!


Prêt à servir le repas du soir

Et ils avaient l'équipement ultime pour cuire des patates pour 90 personnes à la fois: la cocotte-minute géante, avec évacuation directement en dessous!

Pour l'intimité par contre il faudra repasser


Bref une visite pour le moins originale, ça aura mérité le détour!

Et c'est pas le tout d'être venu, mais jeudi il était temps de repartir de notre île déserte... Sauf que le vent n'avait visiblement pas décidé de se calmer, même après avoir soufflé toute la nuit (ce que j'ai eu tout le loisir de vérifier, dormant dans une chambre côté vent - apprendre à dormir en faisant abstraction de l'impression tenace que le toit au dessus de votre tête va s'envoler avant la fin de la nuit, une autre technique de survie nécessaire en Norvège...).

Et donc après avoir passé 2 jours à discuter la gestion de risque, mes collègues se sont donc dirigés sans aucune hésitation vers un mini catamaran qui se faisait projeter par les rafales de vent contre les pneus attachés sur le quai. J'étais visiblement la seule sceptique sur le fait de devoir descendre dans le bateau en s'aidant des pneus glissants pour escalader la balustrade du bateau 1m50 plus bas, et de prendre la mer dans une tempête totale...

Mais comme vous l'aurez constaté puisque je viens de vous raconter ma semaine, j'ai survécu! J'imagine que c'était la première étape de la formation de survie avant de m'envoler vers ma plateforme...

5 commentaires:

Mély a dit…

Firsssttttt!!!
Oui, je pense qu'ils essayaient de te tester pour l'hélico..... ^^
Bisous

Doc gégé a dit…

J'aime mieux les "RIB" américains !
J'ai pas tout compris des explications du "colonel"..
Prochaine expérience : survivre à une nuit norvégienne de 3 mois ?
Je crois que tu es prête pour l'hélicoptère dans l'eau ...
ki$$$$

annette a dit…

Ca tombe bien, Gilles cherchait un équipier pour une croisière dans les canaux de pantagonie! bizz

Mathieu a dit…

John Rambo-ion ! :) La classe !

bouchitte a dit…

Que de souvenirs pour raconter plus tard au coin du feu ! Sympa de nous faire profiter de tes aventures pour nous qui sommes dans le quotidien . Bisous